HOMELIE DE LA MESSE DE LA FÊTE DE L’IMMACULEE CONCEPTION
Séminaire Saint Joseph – Lundi 7 décembre 2009
Chers amis,
Pour moi, une des plus belles expressions de la grâce qui a envahi la Vierge Marie dans son Immaculée Conception est la confiance, cette confiance avec laquelle elle se laisse guider par Dieu.
Au début de l’histoire du salut, nous rencontrons Eve. Or, avec Eve et Adam qui lui est lié, nous voyons s’inaugurer une histoire de méfiance ou défiance. Ecoutant le serpent, ils doutent de la générosité du Créateur et de la gratuité de ses dons. Ils ne lui font pas confiance. A travers l’interdiction de manger de l’arbre du bien et du mal, ils voient en lui un Dieu jaloux, préoccupé surtout de garder son pouvoir, et ils veulent lui ravir sa place, le serpent ne leur ayant-il pas promis : « Vous serez comme des dieux » ? Ils découvriront, mais un peu tard, la vacuité de cette promesse.
Marie, au contraire, fait confiance à l’ange, c’est-à-dire à travers lui, à Dieu lui-même. Sa question : « Comment cela se fera-t-il ? » n’est pas une objection mais déjà la recherche des voies de Dieu. Elle va se laisser guider par Dieu. Elle accepte de ne pas tout savoir à l’avance, de ne pas tout maîtriser. Plus d’une fois, Dieu va la surprendre et bouleverser ses plans.
- Elle avait certainement prévu sa vie de couple avec Joseph. Ils avaient dû en parler ensemble et voilà qu’elle reçoit cette mission singulière d’être la Mère du Fils de Dieu et cet enfant ne sera pas… de Joseph !
- Elle avait dû également préparer la naissance de son fils à Nazareth au milieu des siens mais c’est parmi des déplacés qu’elle donnera le jour à Jésus à Bethléem
- Elle devait avoir son idée sur l’éducation de son fils. Or, c’est lui qui la surprend à 12 ans quand il reste dans le temple pour parler avec les docteurs.
- Comme les apôtres, elle s’était imaginé ce que pouvait être le ministère public de Jésus mais voici que, comme mère elle se soucie et s’inquiété de voir l’agressivité et la haine monter contre son fils.
- Quand elle sera confiée à Jean, elle ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. Mais elle accepte de suivre le disciple bien aimé. Et dans la parole de son Fils, elle découvre une dimension jusque là insoupçonnée de sa maternité. Elle accepte de ne pas être seulement la mère de Jésus mais la mère de ce corps que Jésus se donne dans le monde, son Eglise, les disciples de son Fils. Elle accepte d’être la Mère de chacun.
Chaque fois, Marie est surprise mais elle ne se crispe pas, ne cherche pas à obliger Dieu à agir comme elle l’avait prévu. Ce n’est pas elle qui mène la barque mais le Seigneur. Elle cherche à déchiffrer sa volonté pour s’ajuster à elle. Elle se veut la servante du Seigneur. Son chemin de foi sera aussi un chemin de croix. Elle vivra la dynamique même de son Fils qui est celle du mystère pascal : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, dit Jésus, qu’il renonce à lui-même et qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile, la sauvera. » (Mc 8, 34-35). Comme disait Saint Bernard, Marie est la « fille de son Fils », elle met en œuvre dans son immaculée conception la puissance de la rédemption de son Fils dont elle est par anticipation dans le dessein de Dieu la première bénéficiaire.
Marie, nous invite nous aussi à la confiance. Elle nous appelle à nous dé-saisir de nous-mêmes pour nous laisser, nous aussi guider par Dieu.
Or, ceci ne nous est pas vraiment naturel. Il faut le demander comme une grâce au Seigneur. En effet, notre premier mouvement, est de nous protéger, de garder une maîtrise de nous-mêmes, de notre vie, de notre avenir. Nous voulons organiser par nous-mêmes notre existence et programmer autant que faire se peut notre avenir. Dans la société civile, on vous demande souvent de faire un plan de carrière. Quand on lit l’Evangile, on s’aperçoit que le seul plan de carrière dont il nous est fait état, c’est celui que Jésus promet à Pierre, à savoir le martyre !
Nous aussi, dans l’Eglise, nous pouvons avoir la tentation d’organiser et de maîtriser notre avenir. Par exemple : on souhaite choisir son lieu de formation, puis plus tard son lieu de ministère. On défend ses idées sur son mode de formation, son image du prêtre, sa façon de vivre son ministère. Quand nous agissons ainsi nous ne nous mettons pas au service de Dieu pour sa plus grande gloire mais nous mettons Dieu à notre service pour notre plus grande gloire. Séminaristes ou prêtres, la tentation peut être la même : vouloir dicter à Dieu notre volonté, alors qu’il nous faut vivre la confiance, la dé-saisie de nous-mêmes, la remise de ce que nous sommes entre les mains de Dieu. C’est lui qui conduit, c’est lui qui agit. C’est toujours lui qui nous conduira vers la plus grande fécondité. N’oublions d’ailleurs jamais que celui qui se remet avec confiance entre les mains de Dieu fera l’expérience en lui d’une paix, d’une sérénité mystérieuse et d’une grande liberté intérieure. Pourquoi vivre avec un cœur inquiet si : « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. » (Rm 8, 28) ?
Faire partie des candidats au sacerdoce, c’est entendre l’invitation à faire confiance à l’Eglise qui vous appelle à vous investir pleinement dans la préparation à l’ordination presbytérale. C’est accepter de laisser le cœur du pasteur se former en chacun d’entre vous, par le travail intérieur de l’Esprit, par tout ce que vous recevez de vos formateurs, des événements de votre vie et de toutes les rencontres avec ceux et celles qui croiseront votre route. Sur cette route de la confiance et de la remise de vous-mêmes entre les mains de Dieu, prenez Marie comme modèle et comme mère. Elle vous conduira toujours par chemin le plus sûr. Amen.
+ Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux
Vivre au séminaire, école d’Évangile, veut dire vivre à la suite du Christ comme les Apôtres, se laisser initier par lui au service du Père et des hommes, sous la conduite de l’Esprit-Saint, et se laisser configurer au Christ Bon Pasteur pour un meilleur service sacerdotal dans l’Église et dans le monde.
Se former au sacerdoce signifie s’entraîner à donner une réponse personnelle à la question fondamentale du Christ : « M’aimes-tu ? » La réponse, pour le futur prêtre, ne peut être que le don total de sa vie.
Jean-Paul II - Je vous donnerai des pasteurs (Pastores dabo vobis) § 42
mardi 8 décembre 2009
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