Tél. : +33 1 47 45 96 60 / Fax : +33 1 47 45 96 31
Chers amis, c’est réel, je foule cette terre d’Amérique du Sud, riche de ses civilisations incas et pré-incas, et devenue latine et catholique voilà bientôt plus de cinq siècles. J’ai atterri à Lima dans la nuit du 1er au 2 octobre et j’ai donc voyagé le jour même de la fête de St Thérèse de l’enfant Jésus, patronne des missions.
Je vis en périphérie de la ville d’Arequipa, seconde agglomération du Pérou par son nombre d’habitants (proche d’un million), dans un quartier où les véritables « Arequipeños » qui se soucient de leur réputation, ne souhaitent pas venir. Je vous rassure tout de suite, il n’y a rien de dangereux, simplement ici se confondent toutes les situations inimaginables. On rencontre facilement une veuve sans ressource dont le voisin est très bien installé ou encore un berger qui n’hésitera pas à faire traverser une avenue à ses brebis.
J’habite au presbytère avec le père Antonio Morales, curé de la paroisse « Virgen de Fatima de Hunter ». Le territoire paroissial compte près de 20 000 âmes dans les quartiers les plus délaissés de la municipalité.
Dès les premiers jours, j’ai accompagné le père Antonio Morales dans ses visites régulières auprès des malades. Assez vite, j’ai découvert les situations douloureuses que peuvent endurer bon nombre de nos paroissiens : pauvreté matérielle, maltraitance des enfants ou bien des personnes âgées, alcoolisme et violence conjugale, en somme, tous les maux que peuvent engendrer la misère et une éducation insuffisante.
Face à la misère de certains, je me suis réjoui de repérer des jeunes généreux, souvent très investis dans leurs engagements. C’est principalement pour eux que le curé de la paroisse a fait appel à Fidesco.
Dernièrement, nous avons inauguré trois salles paroissiales financées en grande majorité par une association française, « Mañana juntos ». Il n’existait jusqu’à présent qu’une unique pièce sombre aux murs délavés. La paroisse, qui suite au changement de pasteur en 2006, est passée d’un état lymphatique à l’hyperactivité, recevait souvent ses divers groupes à l’extérieur faute de locaux. Grâces à ces « salones parroquiales », chaque groupe va pouvoir améliorer la mission et le travail engagés dans des conditions plus adéquates. Nous allons en conséquence pouvoir recevoir beaucoup plus de personnes à la fois et ainsi programmer et lancer le programme de soutien scolaire.
Vous pouvez donc imagi

ner qu’à mon arrivée, j’ai trouvé la paroisse en état de chantier. Ma première activité a été et reste encore d’accompagner le père Antonio dans la conduite et l’achèvement des travaux. Partagés entre l’obligation de tenir correctement la comptabilité et le suivi des achats, nous avons dû gérer au mieux la somme d’euros qui nous restait alors que l’inflation venait perturber les prix des matériaux. L’économie péruvienne marche au rythme de l’US dollar sachant que c’étaient des euros que nous détenions pour faire nos transactions. J’ai donc sillonné dans tous les sens les multiples zones commerciales d’Arequipa. A chaque fois c’est un véritable conte que de concrétiser un achat. Les commerces marchent ici en corporations et c’est un régal pour le père Antonio que de faire marcher la concurrence. Le « gringuito » que je suis se trouvait dans les premiers temps mal à l’aise devant ces histoires de marchandage. Petit à petit, j’ai saisi que c’était ainsi que fonctionnait le commerce au Pérou et que finalement ce n’était pas si difficile que cela de marchander. Une fois que l’on a, par exemple, acheté ses 100 mètres carrés de carrelage, il faut encore trouver le chauffeur qui va charger et transporter la marchandise. A nouveau il faut faire marcher la concurrence. Mais il n’est pas rare qu’il nous abandonne au dernier moment parce qu’il a trouvé un meilleur client ou que venir à Hunter le dérange. Vient donc ensuite le moment du transport parfois si pittoresque. C’est un bonheur avec parfois quelques frayeurs que de traverser la plaine d’Arequipa, sous le regard du Misti, assis à l’arrière d’une camionnette, sur une tonne de carrelage et en respirant de fortes et bonnes odeurs d’échappements. On se sent vivre !
À l’attention des bienfaiteurs qui ne me connaîtraient pas :
À
l’étonnement de beaucoup, je parais jeune mais j’ai 24 ans. Je suis l’aîné d’une fratrie de six enfants. Mes origines se partagent entre la Bretagne et le midi de la France, les Corbières plus exactement où j’ai vécu mon enfance et adolescence. Après avoir travaillé trois heureuses années au montage des Airbus à Toulouse, j’ai souhaité vérifier un appel au sacerdoce en faisant une année de discernement avec l’Emmanuel. Aujourd’hui membre de cette communauté, je suis maintenant séminariste du diocèse de Bordeaux. Tout au long de mon premier cycle d’étude au séminaire, je me suis interrogé sur un complément dans ma formation. J’avais le désir et la curiosité de partir en dehors de notre antique Europe. A l’appel de Fidesco, j’ai répondu favorablement au projet du père Antonio Morales.Le 19 novembre dernier est venu à la paroisse Mgr Javier Rio del Alba, archevêque d’Arequipa. Nous l’avions invité à bénir et inaugurer ce nécessaire agrandissement de la paroisse, pour la joie de tous les paroissiens. Cette réponse favorable à notre invitation nous a obligés d’accélérer la progression des travaux. La question était : jusqu'à quel point aurons-nous avancé la finition des salles ? En effet, les vitres ont été posées la veille de l’inauguration, les derniers coups de pinceaux deux heures avant la bénédiction, le dernier interrupteur 15 minutes avant l’arrivée de l’évêque ! La foule était au rendez-vous et chaque entité de la paroisse avait apporté sa contribution pour que la fête soit belle. Nous étions de même honorés par la présence de Jean-Luc
Moens, président de Fidesco, qui commençait à ce moment là une visite générale de l’ensemble des volontaires Fidesco présent au Pérou. La disponibilité de l’archevêque étant comptée, ce fut court mais dense en émotions. De petite stature, sa présence et sa parole de pasteur ont, je le crois, fortement avivé la motivation de beaucoup d’entre nous. Il nous a exhortés à être lumière et sel de la terre pour tous les habitants de Hunter, à apporter largement dans tous les foyers de Hunter, de la saveur, du goût et de la joie à suivre le Christ et à se donner en son Nom.
Il me semble également nécessaire de vous informer comment je perçois l’économie péruvienne. J’ai découvert une expression qui dit que « le Pérou est un pauvre et vieil homme assis sur un banc d’or ! ». En effet, le pays regorge de richesses. Le territoire se découpe en trois régions : la costa (côte), la sierra (la cordillère des Andes avec ses pics et ses vallées) et la selva (la partie amazonienne) chacune détenant ses richesses propres. Le sol regorge de pétrole et de minerais. La pêche, l’agriculture et l’agro-industrie tiennent une place conséquente dans l’économie. Le tourisme est également en plein développement. Pourtant ici les droits du travail sont souvent violés.
Je pense que la première profession au Pérou doit être chauffeur de taxi. Ils sont plus de 28 000 dans la seule ville d’Arequipa. C’est la solution de secours la plus efficace, ici, lorsqu’un homme perd son travail. Quand aux femmes, elles ont le choix entre être vendeuses ou bien ouvrir « una tienda », un de ces nombreux petits magasins de subsistance qui fleurissent dans toutes les rues. Ainsi, pour garder un travail convenable, il faut être prêt à de nombreux sacrifices et à beaucoup de vaillance : soit quitter sa famille pour aller à la mine, soit travailler de 6 à 19h sachant que le repos dominical n’est pas une coutume dans ce pays majoritairement catholique.
Devant une telle situation, et sachant que la crise économique n’arrange rien, la vie familiale est souvent compliquée. Nombreux sont les foyers qui partagent une vie commune avec les grands-parents, les cousins, la belle famille. La promiscuité n’aide pas toujours à la saine croissance des jeunes que j’ai pu rencontrer. Il y a beaucoup trop de séparations et divorces. De plus, les enfants sortent de l’école en début d’après-midi. Beaucoup sont livrés à eux-mêmes, traînent dans la rue, et ne retrouvent que tard leurs parents, qui sont fatigués d’une journée d

e travail et décompressent devant la télévision.

Jusqu'à la dernière minute !
L’éducation donnée par l’Etat reste également un peu précaire. C’est pourquoi, on rencontre une sorte de commerce dans le système scolaire péruvien. Sur la municipalité de Hunter, on compte un peu plus de vingt « colegios privados », chacun ayant son tarif et sa qualité d’enseignement.
Ce constat, je le vérifie quotidiennement grâce à la vie pastorale que j’assimile de jour en jour. La paroisse a déjà donné en période de vacances scolaires des cours de cuisine et une initiation aux langues étrangères comme l’italien, le français ou l’anglais. Le succès de ces temps instructifs pour les jeunes, au vu de la situation de certains d’entre eux, motive le père Antonio pour organiser quelque chose pour eux.
A ce jour, il nous reste à aménager les salles en bancs, tables, tableaux… afin de débuter en janvier prochain des ateliers de langues étrangères et de vie quotidienne. Enfin, pour la rentrée scolaire 2009, nous commencerons le soutien scolaire auprès des enfants et d’adolescents qui en auront le plus besoin.
Le département d’Arequipa: avec 1 100 000 habitants, le département compte essentiellement une population urbaine. La ville s’étend sur une vaste plaine à 2300 mètres d’altitude. Elle se trouve au pied d’un impressionnant volcan appelé « El Misti » s’élevant à 5800 mètres et imparfaitement éteint. Deux autres moins impressionnants (le « Chachani » et le « Pichu-Pichu ») ceinturent plus au loin la ville. La partie sud du Pérou fait partie des zones sismiques les plus fortes au monde. Ici la terre tremble régulièrement. Le dernier grand « terremoto » en date a eu lieu en 2001. Moi-même j’en ai senti deux depuis mon arrivée. L’économie de la province fonctionne essentiellement grâce au commerce, un peu d’industrie mais surtout grâce aux ressources gagnées après extraction des minerais que l’on trouve « en Arequipa » : or-argent-cuivre-manganèse.
- « El Misti » vu depuis Hunter -
Les Péruviens disent que les Arequipeños sont fiers de leur identité, de leur cuisine, de leur ville, ce que j’ai vérifié. En effet, la région compte de nombreuses spécialités culinaires. Les bâtiments d’époque coloniale ont été construits avec de la pierre volcanique blanche d’où le surnom de « ciudad blanca ». On pourrait faire ici, pour nous français, comme une sorte de parallèle avec l’identité basque ou bretonne. Les bouleversements intérieurs
Quitter son milieu naturel, son pays, ses habitudes, sa langue et s’installer dans le quotidien de nouveaux proches n’est pas sans bouleversements intérieurs… en tout cas pour moi !
Le premier bousculement intérieur serait peut-être celui subi par l’estomac. Le changement d’eau et d’aliments étant nécessaire, il faut y passer !
Mais j’aurai plutôt le désir de vous témoigner mon premier week-end paroissial, 28e dimanche du temps ordinaire de l’année 2008. Le père Antonio célèbre chaque dimanche cinq messes dominicales. La première assemblée est paroissiale et se réunit dès 7h du matin dans une église trop étroite pour les trois-cents fidèles présents. Une heure et demie après ce déploiement liturgique, changement total ! Nous sommes sous une sorte de « capilla » de plein air, lieu de dévotion dans l'une des zones assez pauvres du territoire paroissial. A notre arrivée l'assemblée est composée majoritairement de vieilles et pauvres indiennes malades (je vous laisse imaginer). Au fur et à mesure que la liturgie de la parole progresse, l'assemblée triple de volume (peut être bien de vingt à soixante personnes). Quelques chiens errants viennent également peupler l’assemblée et se frotter à l’ambon. L’Évangile de ce dimanche est la parabole du « festin nuptial » en Mt 22, 1-14 : un roi prépare

et invite des convives aux noces de son fils. Tout le monde décline son invitation, et il se résout à inviter tous ceux qui passaient par là, les bons comme les mauvais.
Imaginez l’homélie qu’il est possible de délivrer à tous ces pauvres du Seigneur... Saisi par la puissance de l'Évangile et du pasteur qui m'accueille en ces débuts, j’aurais souhaité qu'il se taise parce que j'étais trop ému... Silence, attention, ferveur: « El Señor es mi pastor nada me falta ! »
Après une pause café, la troisième messe se passe cette fois-ci avec une assemblée de « biens portants » comme on pourrait dire ! Nous sommes à la « Mansion del Fundador », ancienne résidence du fondateur d'Arequipa qui possède une splendide chapelle à l'extérieur de la ville, aujourd'hui devenue un lieu touristique sur le territoire paroissial. Que vous dire sinon que je faisais sans cesse des retours sur l'Évangile. Jésus se rend présent au milieu des miséreux comme des personnes favorisées par la vie. Les deux autres messes sont en fin de journée, l’une dans une zone pauvre et affectée par la présence des églises et sectes en tout genres, l’autre de nouveau à la paroisse toujours comble et composée majoritairement de jeunes.
Une autre cause de déplacements intérieurs, c’est l’apprentissage d’une langue dans une mentalité différente de la nôtre. Je n’avais aucune connaissance en espagnol avant septembre dernier. J’ai donc débarqué avec ce handicap et sans avoir forcément l’expérience de ce que représentait l’effort de se plier à une autre langue. Les premiers temps furent formidables car je vivais cela comme une expérience enrichissante. Mais au bout de quelques semaines, une fois fini le temps de découverte, je me suis senti pauvre et limité dans l’expression de tout ce qui va au-delà de la vie quotidienne. Alors s’ouvre le chemin de la conversion : patience et humilité, on ne peut pas tout acquérir d’un coup. « Raphaël, apprends à te faire pauvre avec les plus pauvres ! »
Les découvertes
Loin des stéréotypes qui m’habitaient avant mon départ, j’ai découvert qu’on ne mange pas que du maïs ou des haricots rouges au Pérou. Comme je vous le disais, les gens sont fiers de leur cuisine et les saveurs sont au rendez-vous. Heureusement pour l’Européen que je suis, les sauces piquantes et autres piments comme « el ají » sont servis à l’extérieur du plat, enfin, la plupart du temps… J’ai pu également déguster mon premier « cuy », c'est à dire cochon d'inde, qui est frit et pané à la farine de maïs. J’ai dit que ce n’était pas mauvais mais je n'en mangerais pas tous les jours !
Mais nombreux encore sont les changements, le climat par exemple. Il fait ciel bleu en Arequipa toute l’année. Le soleil est particulièrement fort parce que l’on se situe sous un trou de la couche d’ozone. Moi que n’aime pas mettre quelque chose sur la tête, je ne sors plus sans ma casquette, à tel point qu’elle se décolore.
Nous venons de rentrer dans le temps de l’Avent, et c’est aussi le début de l’été au Pérou. Pour Arequipa, qui dit été dit pluie, nuages, chaleur et neige sur le Misti. Cela semble assez paradoxal, mais c’est en été qu’il pleut les 150 mm annuel et que les hauts sommets retrouvent une couleur blanche. J’attends de voir comment va se passer un Noël avec de telles conditions.
Sur le plan des traditions, le mois d’octobre a été chargé de nombreuses processions en l’honneur du « Señor de los Milagros », dévotion catholique originaire de Lima suite à l’apparition miraculeuse d’une image du Christ en Faveur des peuples autochtones à l’époque des conquistadores. Les messes et les processions pleuvaient de tous côtés. Cela reste un grand temps de fête pour le peuple péruvien qui l’exprime par beaucoup de pétards, de sucreries et de boissons. Pour clôturer le mois, on arrive à la fête de Toussaint et au jour de prière pour les défunts. Durant ces deux jours, les cimetières ne désemplissent pas. On y vient en famille partager un bon repas tiré du sac et l’on partage avec le défunt ce qu’il aimait bien, souvent de la bière par exemple. On introduit tout ce que l’on peut dans le sol de la tombe. Pour décorer le tombeau, on achète de grosses couronnes de fleurs en platiques.
Des fanfares sont également présentent et viennent jouer pour les familles qui
les payent auprès de la tombe. C’est assez surprenant à voir, je l’avoue ! Autre tradition qui est en fait une réelle institution, c’est la célébration des anniversaires. Ici on ne peut pas oublier de fêter l’anniversaire de ses proches et amis. Bien au contraire, c’est l’occasion à ne pas manquer pour se retrouver dans une atmosphère très sympathique en famille ou entre amis. On commence par partager une assiette copieuse, puis on va danser sur des airs de cumbia ou bien de danses traditionnelles pour arriver au moment très attendu où celui que l’on fête doit goûter son gâteau d’anniversaire au point d’y mettre son visage dedans. C’est tout un cérémonial !

Avant de conclure ce premier recueil d’impressions, je veux encore vous relater les décalages vécus parfois dans les transports. Il m’est arrivé par exemple de monter dans un gros 4x4 avec chauffeur pour aller visiter un européen expatrié et juste après de circuler dans une vieille américaine des années 50 à moitié désossée. A ces jours, un de mes déplacements les plus surréalistes a été d’arriver pour la célébration d’un mariage franco-péruvien en ambulance !
Chers amis et bienfaiteurs, voici le moment de vous saluer et de vous redire toute ma reconnaissance pour votre présence et votre soutien. J’espère que vous avez pu lire et entendre que c'est l'Évangile que l'on peut vivre ici : des pauvres, des bien portants, des malades, des jeunes, des souffrances et des joies... et une réelle vie fraternelle qui s’installe avec le père Antonio. Je l'ai surnommé « Padre francophile » : ces dix années passées en France et en Wallonie ont fait de lui un amoureux de la culture française.

Je confie à votre intercession le démarrage du soutien scolaire, des ateliers et la croissance de tous ce que nous souhaitons mener à bien dans les semaines à venir. C’est plus particulièrement la jeunesse que nous pouvons remettre entre les mains de Dieu. L’exemple et l’investissement de beaucoup d’entre eux m’encouragent énormément.
Je vous promets au prochain rapport de vous présenter certain d’entre eux !
En attendant notre prochaine rencontre, je vous souhaite une très bonne fête de Noël.
Que la paix et la joie règnent dans vos familles !
Rafaelito (ils aiment bien mettre des « ito » un peu partout !)